22 septembre 2013 - sinathlafricaine

Enquête après le drame de Porto-Novo : Comment vont nos infrastructures routières ?

Minibus écroulé dans la lagune de Porto-Novo

Minibus écroulé dans la lagune de Porto-Novo.

Suite à l’accident de Porto-Novo survenu le 30 juin 2013 sur le pont de la ville, bien de Béninois se sont posés la question de savoir quelles sont les causes du drame. Vétusté du pont ou imprudence du conducteur, beaucoup se sont plus penchés sur la première position. Nous avons mené l’enquête …

 

Dimanche 30 juin, un minibus s’écroulait dans la lagune de Porto-Novo.  Bilan du drame : pas connu…

Juste deux corps retrouvés après les fouilles.

Comme explication, la population n’a eu droit qu’à des « suppositions ».

Aucun expert n’a réagi pour éclairer les lanternes des populations. Aucune enquête n’a été ouverte pour situer les responsabilités.

Ce drame a ouvert un débat sur l’entretien effectif de nos infrastructures routières en général.

Chimène habite Akpakpa, mais bouge régulièrement du côté de Porto-Novo donc a souvent emprunté le seul pont qui donne accès à la ville. Pour elle, même si la responsabilité du conducteur est remise en cause, l’état du pont y ait pour quelque chose. « C’est vrai que le conducteur à une part de responsabilité, mais il y a aussi l’état de l’infrastructure. Les garde-corps sont très vieux et pas du tout solides. S’ils étaient au moins en bon état, ils auraient pu empêcher le véhicule de se retrouver dans la lagune », affirme-t-elle.

Pour d’autres usagers, les piliers des ponts s’usent et les rails se dégradent, pourtant nous avons très peu de circulation de trains.

A tort ou à raison nombreux sont les citoyens usagers qui ont pensé comme Chimène. Tous accusaient les autorités compétentes du domaine pour n’avoir pas assuré la sécurité des usagers et prévu ce drame en entretenant l’infrastructure ne serait ce que les garde-corps.  A commencer par le maire de Porto-Novo qui une fois sur les lieux du drame avait confié à la presse que la mairie avait plusieurs fois demandé un audit de ce pont.

Il s’était aussi exaspéré face du fait que la ville capitale ne soit reliée au reste du pays que par un seul pont. « Imaginez que l’incident soit plus grave, Porto-Novo serait coupé du reste du monde », avait-il affirmé.

Les explications de l’administration publique

Selon des chiffres au niveau de la Direction des Travaux publics l’état des infrastructures routières en est pour moins parmi les causes d’un accident, il est généralement d’ordre de 12 % lors de la survenue d’un accident.  « Il existe trois facteurs responsables d’un éventuel accident. Bien sûr l’état des infrastructures, du véhicule et de l’humain. C’est-à-dire la personne responsable de la conduite. Le plus souvent, la plus grande part de responsabilité tourne autour de ce troisième facteur, l’humain », nous explique Lucien Houssa ingénieur des Travaux publics (TP) au niveau de la Direction générale des Travaux publics (DGTP). 

« Evidemment, le conducteur doit adapter sa  vitesse à l’état de la voie. Pour ce qui est de l’incident de Porto-Novo, l’on ne va pas incriminer l’état du pont. Le conducteur du minibus était en excès de vitesse. Et ce n’est pas parce qu’il y a un accident sur un pont ou qu’un train déraille que l’on va remettre en cause sa fiabilité sa résistance. Le pont de Port-Novo c’est environ 12 000 véhicules par jour et depuis bien des années, voyez-vous ! »

Au  Bénin, les infrastructures routières ne font souvent pas l’objet d’entretiens réguliers. Nous avons l’exemple de l’axe Akassato-Bohicon. « Que les autorités entretiennent les infrastructures ou pas, je m’en moque. Ce qui peut me déranger moi, c’est peut-être la route Akassato-Bohicon parce que cela m’empêche d’aller vers le nord », nous confie un cadre du ministère de la Famille.

Cependant il est bien sûr légitime pour les citoyens de se questionner après l’accident de Porto-Novo sur l’entretien de nos ponts. Est-ce que l’on n’aurait pas pu éviter le drame si ces garde-corps étaient résistants ? Est-ce que l’on peut avoir confiance en nos  trois ponts de Cotonou ? Du moins les deux premiers : l’ancien pont construit en 1930 et le nouveau pont achevé au début des années 1980.

« Les garde-corps ne sont pas faits pour des chocs semblables à la projection d’un minibus sur ces derniers. Ils n’y résisteront pas. Et dans aucun pays au monde vous ne verrez des garde-corps installés pour ces genres de situation. Ils sont faits juste pour la sécurité des piétons », explique Albert Avocegamon, Directeur des entretiens routiers (DER) au niveau de la DGTP.

Pour ce dernier, si les garde-corps retenaient les véhicules, ceci provoquerait inéluctablement d’autres accidents.  

«  Pour ce qui est de l’entretien et du suivi de nos infrastructures routières nous faisons avec les ressources dont nous disposons. Il faut dire qu’il existe des structures et services. D’abord au niveau national (la Direction des entretiens routiers), mais aussi au niveau départemental où nous avons de structures pour s’occuper des infrastructures au niveau de chaque département. Il existe un fonds destiné à l’entretien des infrastructures. Mais les ressources sont limitées. Il  est très difficile de faire à chaque fois des suivis réguliers ». Henri Doutetien, ingénieur expert en travaux publics et Directeur général du cabinet ETRICO spécialisé en ingénierie-conseil, ira plus loin : « L’entretien régulier d’un pont est pratiquement nul. Un pont est construit pour durer tout au moins 100 ans. On peut l’ausculter ou faire des études pour voir s’il est toujours résistant ou s’il est toujours dans les normes. A la limite faire une surveillance pour voir s’il y a des effritements dus à des accidents ou à un quelconque incident. Les garde-corps ont besoin d’être badigeonnés. II faut faire une lutte antirouille en sachant  bien sûr qu’ils sont présents pour la sécurité des piétons et non des moteurs.  Mais rien de plus. Mieux si c’est en aluminium avec système composite comme Porto-Novo, il n’y a rien à faire ».

A l’exception des routes qui, elles, doivent bénéficier de beaucoup plus d’attention « une couche complète  de goudron tous les cinq ans à cause de l’eau ». Précaution qui n’est bien sûr pas prise par les autorités béninoises.

Henri Doutetien s’est aussi penché sur les besoins de rénovation d’un pont. Mais rénovation ne serait pas le mot qu’il utiliserait. « Rénovation non ! On ne doit la construction d’un  nouveau pont qu’à un besoin de nécessité de trafic. L’on ne construit pas un pont par plaisir. C’est quand l’on voit que le trafic est dense, qu’il est bouché que l’on décide de réaliser un nouveau pont juste pour décongestionner le précédent. C’est ce qui peut expliquer la présence de plusieurs ponts dans une même ville ».

Comme Cotonou aujourd’hui qui en a déjà trois et qui devrait en avoir un quatrième.

Aujourd’hui, les glissières sur le pont de Porto-Novo ont été réparées, mais l’insécurité sur nos routes reste un problème crucial.

Quelle leçon avons-nous retenue de ce drame ? Pourquoi les conducteurs de bus en commun ne sont pas enregistrés auprès d’un organe et sensibilisés sur les dangers de la route tels que l’abus d’alcool au volant ?

Pourquoi la plus grande route en direction de Porto-Novo après le carrefour Sèmè reste encore sans éclairage la nuit malgré la présence vérifiée de bandits sur cette voie.

Plusieurs questions restent sans réponses !

Alors même si les autorités n’en sont pas pour beaucoup dans le drame de Porto-Novo, plusieurs faits peuvent leur être imputés.

Enquête réalisée avec Herman BOKO.

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Comments

  • alino dit :

    Je m’attendais tout au moins que votre enquête se penche sur la personne du conducteur son état d’ébriété, l’age de son permid. Selon mes infos ce dernier avait reçu fraîchement son permis, et nous savons tous cmt nous passons les examens de conduite o benin. Compétence ou pas on passe si on donne les 10 000 Fcs. Il ne serait pas autorisé de faire du transport public. Autrement c’est insensé de faire un accident pareil sur ce voie

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