26 septembre 2012 - sinathlafricaine

silence coupable!

 Nouvelle forme de délinquance et d’escroquerie en vogue, la cybercriminalité semble tolérée, en tout cas très peu réprimée sous les tropiques. Le phénomène, qui englobe les piratages réseaux et l’arnaque sur Internet, prend de l’ampleur et aucune mesure radicale n’est prise. Nous nous intéresserons dans cet article à sa forme la plus courante en Afrique, l’arnaque sur Internet, qui croît sans cesse et qui inquiète. Enquête…

Lundi, 24 septembre dernier, nous nous sommes rendues dans un cybercafé en plein cœur de Cotonou, dans un quartier chic de la ville. A notre arrivée, l’ambiance était assez détendue et, la salle de 15 places, presque pleine. Après avoir, nous-même, acheté une heure pour « naviguer », nous nous sommes installées près d’une personne dont l’allure et la concentration trahissaient l’appartenance au réseau des « gaymen » comme on les appelle communément ici. Prétextant que notre ordinateur se plantait trop, nous l’abordâmes pour lui demander son aide et, ainsi, ouvrir une discussion. Quand notre problème fût résolu et qu’un climat de confiance se fut installé, nous le remerciâmes et le priâmes de bien vouloir nous aider pour une étude concernant son activité. Refus catégorique et menaces de nous sortir du cyber si nous insistions.

Mais fort heureusement, grâce à la langue que nous utilisons (le yoruba), quelques instants après, deux jeunes hommes vinrent vers nous pour comprendre la réaction de leur pair. Nous leur expliquâmes alors que nous menions une étude anonyme, sans aucune conséquence ultérieure sur leurs activités. A notre grande surprise, ces deux jeunes hommes, assumant pleinement leur activité et ne craignant aucune forme de représailles, acceptèrent de répondre à nos questions en toute liberté.

Sans détour, nous cherchâmes à comprendre pourquoi ils exerçaient cette activité. Leurs principales raisons, assénèrent-ils, le chômage et l’appât du gain facile. Nous embrayâmes sur cette réponse et demandâmes s’ils accepteraient de changer d’activité au cas où on leur proposerait la réinsertion dans une vie professionnelle respectable. La réponse, automatique, fut non ! Selon, le plus âgé, « Aucun métier ne paierait aussi bien que l’arnaque sur internet ». Pour mesurer l’ampleur du phénomène du point de vue des gains qu’il génère, nous voulûmes savoir combien ils gagnaient par mois. « Avec beaucoup de chances, entre 3000 et 9000 euros », répondit le second. Si l’activité est aussi rentable, on comprend pourquoi ils s’y adonnent et n’entendent pas en sortir. Mais savent-ils seulement les risques encourus ? Oui, répondirent-ils de la tête, avouant qu’ils ont parfois peur mais que depuis 4 ans qu’ils y sont, ils n’ont jamais été inquiétés. Ils assurent par ailleurs prendre des précautions puisqu’ils « traitaient avec des banquiers ». Là-dessus, ils refusèrent d’être plus explicites sur leurs précautions. Mais alors, pensent-ils que cette activité peut se mener sur le long terme ? « Oui, pour les personnes intelligentes qui s’investissent et ne s’engagent pas dans d’autres activités en plus », ont-il répondu ; l’un d’entre eux précisant que leurs activités se développaient et que lui continuerait jusqu’à ce que ses projets se réalisent.

Dans le même temps, le gérant du cybercafé suivait nos échanges. Nous nous rapprochâmes alors de lui pour savoir s’il voulait bien nous aider. Il répondit que nous avions assez occupé son business aujourd’hui et qu’il ne se prêterait à nos questions que le lendemain.

Mardi, 25 septembre, 14 heures, retour au cybercafé. Nous nous rapprochons du gérant pour lui rappeler sa promesse de la veille. Après 1h 30 d’attente, il nous appela pour prendre connaissance de nos préoccupations. Nous voulûmes alors savoir s’il était au courant des activités de ses clients. Répondant par l’affirmative, il ajoute que ceux-ci constituent sa plus fidèle clientèle. « Et vu que les ménages ont de plus en plus accès à Internet désormais, poursuit-il, si ces gaymen n’avaient été là, j’aurais fait faillite et serais certainement au chômage depuis. « On fait avec » conclut-il impassiblement. Il ignore peut-être que si ses faussaires de clients venaient à être découverts, il serait accusé de complicité. Nenni ! Notre gérant dit être parfaitement au courant des risques mais estime « qu’il suffirait simplement de soudoyer les forces de l’ordre pour qu’elles abandonnent les poursuites, d’ailleurs elles ne sont jamais venus par ici…»

Des policiers corrompus ?

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sinathlafricaine
Passionnée de journalisme, infojunkie, webaddict, abusivement panafricaine sur les bords et twitteuse folle;)

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