25 juin 2014 - sinathlafricaine

Et si Facebook nous rendait narcissique ?

« This is why you shouldn’t take people’s Facebook lives seriously », c’est le titre d’un article que j’ai lu ce matin sur Gizmodo, un site anglais (malheureusement). D’ailleurs en parlant d’anglais, vous vous y mettez quand à l’apprendre ? Sinon, vous pouvez toujours vous contenter  comme moi de la médiocrité de Google Translate en attendant.

Bref on s’éloigne là !

Alors je me demande aujourd’hui si Facebook nous rend narcissique, ou devrais-je dire plus narcissique pour ceux de nature « grosse tête ».

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Je ne vous le cache pas, j’ai mes hypothèses sur le sujet et même une théorie mais commençons par clarifier les concepts ! Narcissique ça veut dire quoi ? Petite recherche sur Wikipédia et voilà la définition du terme du jour : Le narcissisme est le fondement de la confiance en soi. Lorsqu’il est défaillant, le terme peut désigner l’importance excessive accordée à l’image de soi. Le dictionnaire commun le définit comme « contemplation de soi ou attention exclusive portée à soi. »

Ok ! Facebook nous donne-t-il cette impression ? Mais bien sûr !

Au fond, je suis même persuadée que c’est l’une des valeurs imaginaires et utopiques (comme on dit en recherche) accordée à l’objet Facebook. M. Zuckerberg voulait certainement donner à des milliers de gens la « sensation » d’être des gens importants et suffisants. S’il n’a pas conscientisé cette volonté, elle s’explique très bien quand on se rappelle du personnage qu’il était avant de créer Facebook. Seul et mal dans sa peau (ou pas-je n’étais pas là).

Pourquoi ne mettrait-il pas en place un outil pour donner de la valeur à l’individualisme, à la mise en scène de soi vis-à-vis des autres?

Ma théorie n’est pas très claire, j’avoue mais j’ai lu Gozlan Angélique, qui dit ceci :

« Sur Facebook, les adolescents livrent, par statuts, commentaires ou images, leur conquête de la découverte du monde et leur bataille pour s’inscrire dans un lien social…. Cette mise en ligne d’images et de textes sur soi, par laquelle le narcissisme œuvre, participe à la formation d’une image réfléchie de soi-même.

Les médias sociaux sont à la fois un lieu d’exposition de soi, narcissique et un lieu de rencontre d’objets ».

Une étude menée par Gonzales et Hancock, « Mirror, mirror on my Facebook… » en 2011 a montré que lusage de Facebook influençait lestime de soi. 

« Les résultats de leur étude révèlent que prendre conscience de soi, en regardant son propre profil sur Facebook, en améliore l’estime. L’article indique que choisir la manière dont on se présente sur les médias numériques conduit à accroître son potentiel relationnel et influence également l’aperception. Ainsi selon ces auteurs, la page Facebook investie fonctionne comme soutien, étayage de l’estime de soi. »

Vous voyez ? On y est pour rien ! C’est la faute à Facebook ! Même ceux qui n’aiment pas la télé réalité théâtralise comme dirait l’autre leurs profils Facebook.

Et puis, que pourrait-on faire d’autre sur ce réseau dont l’objectif est « d’échanger des nouvelles entre proches » ? Sur le site, je lis :

« Facebook vous permet de rester en contact (comment ? de quel type de contact on parle ?) avec les personnes qui comptent dans votre vie (je ne suis pas sûr que mes 2 500 amis comptent dans ma vie et ma mère n’est pas sur Facebook !). »

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Remarque, même le vocabulaire du slogan est flou.

On est donc d’accord que la sphère privée n’est absolument pas une obligation sur Facebook alors n’est-ce pas laisser libre cours à la création d’une large « communauté » de fans. En terme plus simple et c’est tout à fait logique, plus j’ai d’amis inconnus dans mon réseau, plus j’essaie de « me vendre ».

Tout le monde ne peut certainement pas se vendre (quand même, il y a des gens super intelligents sur Facebook).

Qu’est-ce qu’ils font?

Partager des articles intéressants ? Une personne normale passerait  pour un intello assurément et ça flatte l’orgueil (reconnaissons-le) de voir des likes sur un post dit non « égocentrique ».

Faire une analyse sur un sujet ? Tu passes pour un donneur de leçon et ceux qui partagent le même avis que toi viennent vite te le faire savoir.

Et si la responsable c’était moi plutôt que Facebook ? Qu’est-ce que je fais déjà sur Facebook ?

Petit aperçu de mon identité numérique agissante comme dirait Fanny Georges !

1-Je partage ce que j’écoute avec « mes amis » en ajoutant le petit smileys « déterminé » à côté : Jusque-là rien de grave, à part que je suis très à jour en matière de dernière sortie musicale.

2-Je partage l’image d’une campagne sur la scolarisation des filles au Bénin : Jusque-là, rien de grave à part que je suis sensible à la cause et je sensibilise mes « amis » sur la situation.

3-Je demande à mes amis de me donner les moyens d’avoir une série de journaux normalement archivés du Bénin : Jusque-là rien de grave à part que je suis curieuse et je vais certainement mener une recherche sur les médias au Bénin

4-Je partage un de mes articles : Jusque-là rien de grave, non mes amis vont certainement apprendre beaucoup de choses en le survolant rapidement pour passer à autre chose, à part que dans l’article j’indique que je suis à Paris et que j’ai été sélectionné parmi des candidats pour suivre cette formation.

On continue ? Non, je pense qu’on va s’arrêter là ! Trop de « Je » dans tout ça !

Je viens de me rendre compte que mon profil Facebook réflète une image de moi que je ne suis pas réellement (mise en avant de ma personne, moi ?).

Je disais à l’instant que l’objet Facebook portait des valeurs, fantasmes imaginaires et utopiques (vous me suivez ? C’est comme quand on vous dit qu’internet est gratuit, c’est faux !).

En fait, pour Facebook, il s’agit du pouvoir, de l’hégémonie, de la perfection. Facebook nous vend du rêve pour faire prospérer la plateforme. Je lisais dernièrement sur un blog que j’aime beaucoup :

Quand on tient une position hégémonique, toute la difficulté consiste à se maintenir. Se maintenir implique d’occuper l’histoire, et quand on est un réseau social ça signifie occupe l’espace des petites histoires singulières (nos histoires qui doivent être fortes), individuelles, autrement dit monopoliser les moyens numériques du récit de soi. En l’occurrence il faut inscrire les usagers dans le temps long, créer de la nostalgie (les fils d’actualités que des milliers d’utilisateurs remontent pendant des heures)

En conclusion,vous faites Facebook et si vous avez l’impression d’aimer cette vie où vous faites votre autopromotion plutôt que de rester en contact avec vos amis, sortez de chez vous et vivez le moment présent (laissez les activités passées de vos amis sur Facebook), vous verrez la différence !

 

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sinathlafricaine
Passionnée de journalisme, infojunkie, webaddict, abusivement panafricaine sur les bords et twitteuse folle;)

Sur le Net autopromotion / Facebook / identité numérique / imaginaire de l'internet / narcissisme / technique / utopie /

Comments

  • Pascaline dit :

    Tu le sais, je partage ton avis à ce sujet, et j’éssaie peu à peu de m’éloigner de ces travers dans lesquels nous entraine la plateforme, car elle nous demande d’ajouter une photo de profil sympa, que nos amis vont liker, car elle nous demande de compléter notre profil pour dire où on habite, et quel genre de musique on aime, pour paraitre cool et avoir encore plus de like, pendant que facebook classe et vend ces informations aux publicitaires qui viendront me proposer d’envoyer du cash à mes proches en Afrique ou de faire des rencontres musulmanes sur inchallah.com (fb s’est-il trompé dans son analyse sans faille?). Je regardais hier un reportage sur Adoras, une série de romans à l’eau de rose en Afrique de l’ouest, qui semble véhiculer des valeurs conservatrices et conformistes, sous couvert de panafricanisme. Les éditeurs disaient leur volonté de ne pas mettre une trop grosse part de réalité dans les scénarios car « ça n’intéressait pas les lecteurs ». Ta réflexion sur l’imaginaire et l’utopique me fait penser à ça : on donne aux gens l’illusion de leur image réelle pour développer une addiction, ou fidélité, on l’appellera comme on veut, à un produit/ concept qui profite (même gratuit) au marché. Comme tu le vois, toi aussi tu m’as inspiré 😉

  • Serge Serge dit :

    Tu as fait fort dans ce billet… la question qui fâche. J’avoue que Facebook a un peu un effet de culpabilisation sur les usagers, un peu comme… bon, je ne dirai rien.
    beau billet , d’une rare pertinence sur les réseaux sociaux.

  • FEUKENG dit :

    Merci pour ce billet. il lève le voile sur les pièges que nous tend facebook au quotidien mais que nous ne percevons pas toujours.
    j’aime bcp le style!

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