20 décembre 2013 - sinathlafricaine

L’Afrique est le continent de demain : et après ?

http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2011/06/06/04016-20110606ARTFIG00811-l-afrique-subsaharienne-continue-de-croitre.php

http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2011/06/06/04016-20110606ARTFIG00811-l-afrique-subsaharienne-continue-de-croitre.php

L’Afrique est aujourd’hui le continent le plus convoité. Selon Afrique Renouveau, l’Afrique a la population la plus jeune du monde avec 200 millions d’habitants âgés de 15 à 24 ans.  Et cette croissance démographique va continuer de croître. La population en âge de travailler  » devrait exploser en nombre absolu, passant de 430 millions à 960 millions entre 2000 et 2030, pour dépasser celle de l’Inde dans les années suivantes », estiment Jean-Joseph Boillot et Stanislas Dembinski. Selon le FMI (Fonds monétaire international), 22 pays subsahariens atteindront à l’horizon 2015 un PIB par habitant suffisant pour voir s’y développer une consommation de masse  des produits étrangers. 

Devant ce flou de prévisions aussi positives les unes que les autres, on a tendance à oublier que toutes ces statistiques restent des possibilités qui peuvent se voir modifiés en fonction des aléas aussi bien politiques que sociétaux dans chaque pays. Des risques comme la stagnation de l’économie ou des problèmes budgétaires dans les pays existent bel et bien. Pour exemple, le rapport annuel du FMI, Perspectives de l’économie mondiale, a présenté une évaluation très encourageante de l’économie mondiale. Il prévoyait un produit intérieur brut annuel (PIB) d’environ 4,5 % bientôt. Cependant, le FMI a régulièrement revu ses projections économiques à la baisse. Les prévisions concernant la reprise économique de l’Inde, en forte baisse et qui tarde à rebondir, illustrent bien les limites de cette inondation de chiffres concernant l’Afrique dont nous sommes l’objet qui repose essentiellement sur des agents économiques très fluctuants.

Mais là n’est pas la problématique de cet article, mais soyons prudents face à tout ceci.

Au cours d’une discussion avec un proche à moi, ce dernier a attiré mon attention sur un point très important que vous n’ignorez pas, mais dont on parle très peu. J’ai donc décidé de réfléchir à la question.

Cette Afrique mirobolante va être dirigée par qui ? Qui sont ceux qui seront à la tête de ce continent plein de ressources, épargné par la crise économique et au taux de croissance le plus élevé. Qui sont ceux qui auront « la chance » d’être à la tête de cette dynamique d’importation que connaît l’Afrique actuellement ? Les Africains eux-mêmes ou vont-ils rater le coach une fois encore et se laisser dominer par les autres ? Rien n’est moins sûr…

Nous sommes à l’ère où l’Afrique est envahie de toutes parts et au cours de laquelle les intellectuels africains proposent même des solutions pour permettre à des investisseurs étrangers de mieux pénétrer ce marché où ils sont tous en pleine concurrence acharnée.

En effet, il est question de savoir comme il y a quelques siècles qui aura la plus grande part de marché sur le continent. Et les stratégies pour atteindre cet objectif ne sont pas des moindres. Récemment, je lisais dans un rapport, «  Les atouts de l’Hexagone sont nombreux. Ce que la France peut apporter au continent est considérable. Ce qu’elle peut en retirer l’est tout autant. » Peut-on être plus clair dans ces cas et nous dire ce que la France à travers Areva a apporté de « considérable » aux Nigériens depuis qu’elle exploite les ressources de leur pays ? La réponse à cette interrogation nous aiderait fortement à mieux comprendre ces nouveaux partenariats qui s’ils ne sont pas bien négociés ne profiteront qu’à une élite ou une classe privilégiée dans les pays concernés.

Il faut savoir que nous ne sommes pas dans un monde de bisournous et que les plus forts dévoreront les plus faibles. C’est la loi du marché…

La Chine et compagnie

Savez-vous que les Chinois  qui sont aujourd’hui les principaux maîtres d’ouvrages des grandes infrastructures en Afrique-qui surenchérissent les coûts des travaux au nom du partenariat avec les pays- apprennent les langues autochtones ? Nous refusons de croire que nos amis, les Chinois apprennent le fon ou le yoruba au Bénin par exemple pour se fondre dans la masse.

Les  Indiens, les Brésiliens, les Américains, les Turcs ont défini des stratégies africaines très claires qu’ils mettent méthodiquement en oeuvre. Ces derniers ont bien compris que pour avoir du pouvoir dans un avenir proche, il fallait prendre de la place en Afrique, ce continent qui regorge de ressources.  On distribue notamment de plus en plus de bourses d’études aux étudiants africains. Les Indiens exportent avec succès leurs films Bollywood un peu partout en Afrique  et s’appuient  sur un réseau d’Organisations non gouvernementales (ONG). Le chercheur Daya Thussu nous parle à ce sujet du « Soft Power » de l’Inde en Afrique. Les Etats-Unis ne sont pas en reste. Derrière les discours pro démocrates, ils prônent des partenariats gagnant-gagnant avec les Africains.

L’Agro-Business représente aussi un pan non négligeable de cette situation :

Pendant que les paysans peinent à s’investir pour différentes raisons notamment économiques, les terres africaines sont rachetées par des investisseurs étrangers.

Tout ceci n’étant pas à condamner puisque c’est la résultante de l’incapacité de chaque Etat africain à exploiter lui-même ses propres ressources.

Inversement des tendances

Les mouvements migratoires changent, les jeunes Espagnols vont de plus en plus en Afrique  et si cette tendance tend à se généraliser, elle aura certainement les mêmes conséquences que tout mouvement migratoire. Reconnaissons-le, c’est une belle bien revanche, mais voyons de plus près, si les emplois restent précaires aujourd’hui malgré la croissance de certains pays, qu’adviendrait-il avec un flux migratoire important soutenu par le clientélisme et les facteurs culturels qui pèsent encore dans certains pays ?

Enjeu important

Loin de prôner un protectionnisme absolu, mais visant sensiblement au changement de certaines « règles du jeu », nous refusons surtout tout déterminisme qui tend à dire que l’Afrique est le continent de demain sans prendre en compte tous les aspects notamment le plus important, celui de ceux qui vont diriger ce continent et pas seulement.

D’ailleurs, dans un classement récent, le Botswana était présenté comme le  pays africain le plus prospère. Mais comment apprécier cette situation alors que le Botswana traverse en ce moment une pénurie d’eau très forte.

Pour certains, « Avec la démocratisation et la stabilité, beaucoup d’Africains de la diaspora rentrent au bercail ». Ce qui n’est pas erroné, mais d’une part la démocratisation n’étant pas effective dans tous les pays, qu’en est-il des autres Africains de la diaspora? et d’autre part leur donne-t-on les moyens d’agir et de développer leurs compétences une fois rentrés comme ils l’auraient souhaité ? Et combien parmi eux, suite à des échecs renouvelés ne retournent pas d’où ils viennent pour soit se reconstruire là-bas ou repenser leurs stratégies ?

Il est clair également que la situation géopolitique très instable en Afrique risque de ralentir cette croissance dont parle tout le monde. Avec des dirigeants despotes ou les situations catastrophiques comme celles qui se déroulent aujourd’hui au Congo ou en Centrafrique cela ne favorisera certainement pas la croissance dans ces pays mouvementés. D’où une inégalité de la croissance puisque certains pays seront exclus.

Arrêtons de généraliser  

Evitons de parler de façon globale quand il s’agit de parler de la croissance en Afrique. Les réalités sont très injustes sur le continent. Le Nigeria, grand pays pétrolier ne partagera pas demain ses richesses avec le Bénin, pays  sans ressources minières. Il contribue certes fortement à l’économie de ce dernier. Chaque pays se construit en fonction de ses ressources. Il en est de même pour le Kenya qui connaît une dynamique prospère ces dernières années.

Il est bien trop facile de dire l’Afrique a le meilleur taux de croissance alors qu’on sait très bien que le Ghana évolue peut-être mais le Niger reste l’un des pays les plus pauvres au monde  et que très peu de choses changeront pour la majorité s’il n’y a pas une vraie refonte du système politique. Encore que, le fameux taux de croissance  sans développement a beau croître, le chômage flambe et les commerçantes se plaignent constamment.

Le but de cet article n’est pas d’éloigner tout espoir du continent, mais de vous permettre de saisir des enjeux. Car c’est avant tout les ressources du continent qui sont convoitées et il vaut mieux que les Africains se mettent à les exploiter au lieu de se ravir de l’arrivée d’investisseurs étrangers qui apportent des fonds certes, mais servent avant tout leurs intérêts économiques.

L’Afrique ne fera pas de miracle si les Africains ne se mettent pas à la tâche.

Le débat reste ouvert car même si nous souhaitons des pays mieux dirigés, il s’agit de se demander déjà comment mieux dirigés et que mettons-nous dans ce terme, quelles sont les priorités où nous serons tous unanimes.  

Il y a quelques mois, je disais avoir de la chance d’être africaine, aujourd’hui je ne sais pas si j’aurais la chance de travailler sur ce continent.

Les discussions doivent aussi se tourner vers ces enjeux-là. Certains l’ont  compris comme on peut le découvrir dans l’intervention de ce jeune entrepreneur africain.    

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sinathlafricaine
Passionnée de journalisme, infojunkie, webaddict, abusivement panafricaine sur les bords et twitteuse folle;)

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