15 décembre 2013 - sinathlafricaine

Entre Journalisme et Recherche…

p-recherche

Que vais-je vous apporter dans cet article ? C’est assez bizarre mais c’est la question que je me pose. En effet, pour moi aujourd’hui, il serait inutile d’écrire sans être certaine que la lecture de ce texte vous apportera quelque chose.

Je ne sais pas si j’avais la même démarche systématiquement avant ma formation en recherche. Je ne pense pas. Le but était d’abord de poser entre les lignes des émotions.

Émotions, voilà un bien grand mot duquel je m’éloigne sérieusement dernièrement car j’ai compris une chose. L’émotion sans doute importante aussi fait de l’ombre à l’ « objectivité » si celle-ci existe bien sûr.

Apprenti journaliste, continuer à écrire comme avant quand on entame une formation en recherche est loin d’être chose aisée. Certains d’entre vous ne verront pas le lien entre ces deux situations et pourtant il existe bien et je pense même utile.

La recherche cette année m’a bouleversé, le moins que l’on puisse dire est que je m’y attendais pas du tout si déjà j’avais du mal à trouver mes marques au début de cette formation.

Mais aujourd’hui, rien n’est plus pareil, j’en ai peur certes mais c’est tant mieux !

Je m’en vais vous expliquer tout le processus que j’ai eu à mettre en place et qui m’a éloigné de mon blog pendant ces derniers mois.

Mettre de côté son à priori, faire fi de ses préjugés :

Quand on entame une formation en recherche comme ce fût le cas pour moi cette année, soit tu te laisses emporter par le virus de la recherche et tu n’en sors jamais. Tu découvres la construction d’un modèle, d’une théorie, la vie des grands auteurs, leur immense capacité d’analyse et tu commences à t’identifier à eux : imaginer une théorie, la reprendre, l’améliorer, l’abandonner.
Soit tous ces discours n’ont aucun effet sur toi et tu te dépêches de quitter le milieu à la prochaine occasion.

Mais pour ça, il faut être ouvert d’esprit et mettre de côté ce qu’on a pu considérer toute sa vie comme juste.

Pour une personnalité comme moi, ce n’est pas la chose la plus facile à faire mais je dois reconnaître que ce nouvel environnement m’a permis d’accueillir ces nouveaux savoirs et d’être fascinée…

Vous imaginez bien qu’apprendre qu’un fait relaté par un journaliste peut être  aussi contesté qu’un théorème anodin car « le fait » en soi est complexe à définir, déconstruit bien de valeur que vous accordez à ce métier.

Mieux, le plus difficile à accepter est de découvrir que le «noble » métier de journaliste est consciemment ou non acteur du système qu’il condamne.

Par exemple, la moitié des informations traitées par les médias proviennent des services de relations publiques de différents acteurs du système qui ont pour seul objectif de communiquer.

Autant de limites qui posent qu’on le veuille ou non quelques problèmes éthiques…

Valeur de mon ancien discours

Ensuite, vous vous rendez vite compte que ce que vous avez pu écrire ou dire ces dernières années est loin d’être aussi juste sous toutes les coutures, que cela devient fortement discutable et vous vous demandez quel sujet réexpliqué en premier aux lecteurs.

Mais la question qui vous pèse surtout est : vos lecteurs comprendront-ils ce nouveau langage ? Pas qu’ils condamneraient la remise en question mais étant en dehors de la recherche, comprendront-ils vos explications ?

Vous arrivez donc à vous demander s’ils comprendront vos articles.

Tenez, si je vous dis que la fracture numérique (terme que j’ai souvent utilisé sur ce blog) n’est peut-être qu’une représentation partielle puisque dans les pays du Sud, dits victimes de cette fracture, les populations développent des alternatives technologiques très innovantes et n’existant pas dans les milieux développés, qu’allez-vous en penser ?

La mise en question de mon travail m’a permis de mieux réfléchir sur mes motivations premières sur le type de texte que j’ai envie d’écrire.

La mise en cause permanente

La recherche est donc un outil de mise en cause permanente sans aboutir à de véritables solutions mais au moins à une prise de recul nécessaire face aux concepts que l’on pense maîtriser.

En un mot, rien n’est affirmatif. Il n’y a que des réflexions qui naissent. Qui servent à quoi ? A tenter d’expliquer et solutionner au plus près certaines situations.

Pour une passionnée de journalisme comme j’ai pu me décrire sur ce blog, vous remarquerez la difficulté mais aussi le choc des méthodes, sans parler de mon acclimatation lent dans mon nouveau cadre de vie et de ses réalités particulières. Au lieu de me ranger d’un côté de la balance, cela m’amène à chercher le juste milieu, à m’adapter coûte que coûte (le plus dur) et à chercher à comprendre les disparités dans la société actuelle.

La recherche qui intervient donc à point nommé pour ça exige de la patience, le journalisme, de la rapidité quelques fois. Je serai ni l’une, ni l’autre mais n’espérez plus de moi un article par semaine ou par mois. Désormais, je vous servirai le fruit de mes réflexions quand j’en aurais vérifié la validité et que je les jugerais assez mûres ou pas loin.

Cela pourrait paraître ennuyeux pour certains mais je tends vers quelque chose  d’assez diversifié et qui permet d’apprendre régulièrement de nouvelles choses. De se poser des questions et d’aider humblement  les gens à être moins passif par rapport à ce qu’on leur présente, à développer l’esprit critique.

Je suis consciente que tout ceci est vraisemblable (je m’étonne moi-même) mais que dire, j’ai envie de  «creuser».

Quant à vous, n’ayez pas peur de l’aventure, essayer des choses qui vous paraissent fascinantes sur le coup.

Vivez vos rêves ! « Il ne faut surtout pas hésiter à emprunter des chemins détournés, ni à saisir les opportunités qui se présentent. »

Vous n’avez pas l’âge des regrets, vous ne perdez donc rien..

The following two tabs change content below.
sinathlafricaine
Passionnée de journalisme, infojunkie, webaddict, abusivement panafricaine sur les bords et twitteuse folle;)

Sinathlafricaine interrogations / journalisme / recherche / sinatou saka /

Comments

  • serge dit :

    Je suis agréablement surpris par cet article. Je remarque aussi le changement dans ta façon d’écrire. Pour ma part je fais la différence grâce aux conseils de l’atelier des medias. Mes lecteurs du blog ne sont pas chercheurs alors j’y vais doucement. Mais je suis d’accord dans la recherche on a plus de rigueur. Ma surprise est en rapport avec nos conversations dans le bus à Dakar, quand on parlait des médias 😉

  • cassis dit :

    bel article. j’aime bien tes nouvelles lignes

  • Mylène Mylène dit :

    Je comprends bien ta démarche et pourtant je n’ai pu m’empêcher de me dire : dommage… J’aime la spontanéité que permet le blog, cette « permission » que l’on s’octroie d’écrire sur des riens, sur soi, sur le coup de l’inspiration. D’accord pour des billets réfléchis, élaborés, mais aussi d’accord pour des billets légers, écrit « à la volée », sous le coup de l’inspiration. Dans tous les cas, bonne continuation, car je lirai toujours avec attention.

    • merci Mylène, c’est très gentil de ta part!ne t’inquiètes pas 🙂 la spontanéité ne disparaîtra pas, rien ne changera et….le blog permet bien plus de choses aussi , on en fait ce qu’on veut…C’est aussi ça sa particularité :p

  • Abdel Kader KPADONOU dit :

    C’est très édifiant cet article… Tes post nous ont beaucoup manqué mais ne t’en fais pas si c’est pour que tu ailles désormais au profondeur des choses. Je veux juste te rappeler qu’il y a même en journalisme, un journalisme non de l’actualité, mais un journalisme qui prend le recul et retourne vers les acteurs d’une ACTUALITE pour creuser, fouiller et bêcher en vue de déposer un point pour la postérité.

  • Emile Bela Emile Bela dit :

    En lisant ton billet je me suis rappelé mes débutS dans le blogging. J’avais du mal à basculer de la recherche à la forme simple, j’allais dire personnel. Je n’utilisais pas le « je » mais « nous ». je rédigeais des billets académiques (intro, développement, conclusion). Mais j’ai fini par me rendre compte que c’était une forme d’écriture qui plat parce que bien structuréê mais pas forcement dans le blogging qui est presqu’exactement ce que Mylène a décrit.
    Tu devras donc faire l’effort d’être structuré sans trop paraître académique. Ce qu’il te faudra c’est surtout la fluidité de ton texte et la logique argumentative.
    Les gens lisent les blogs parce qu’ils ont envie de lire autre chose que les livres et les textes journalistiques. Si nous aimons tous Florian Nguimbis qui excelle dans le blogging, c’est surtout parce qu’il l’a compris et il réussi bien à le pratquer.

    Autrement, je t’encourage dans ta nouvelle vie et ton nouveau projet. Je te suis et apprécie la manière avec laquelle chaque jour tu t’envole. Vas-y plus loin. Le meilleur pour toi reste à venir.
    Amitiés

    • Cher Emile, merci pour ton commentaire et tes encouragements. Cependant, je voudrais revenir sur certains points apparemment mal interprétés par plusieurs. Mais déjà, faisons quand même la grosse différence entre le style académique dont tu parles,on va dire scolaire même (intro, développement et conclusion) et la recherche. Cette dernière aboutissant à une thèse donc tu conviendras avec moi au niveau très élevé des études ne peut être limité à ça. Ici c’est la construction d’idées importantes s’inscrivant dans une discipline et soutenu par une démarche méthodologique pointilleuse qui est capitale et qui me semble intéressante à explorer (je dis explorer parce que tout ceci reste des pistes, des interrogations…). L’autre chose sur laquelle je voudrais revenir c’est « l’émotion dans l’écriture » ou la liberté que vous pensez apparemment que je condamne désormais. Loin de là,j’en suis plus imbue que jamais mais c’est d’abord de la rigueur que je m’impose dans un objectif de m’améliorer personnellement sans pour autant verser dans le « trop académicien » (du moins, si j’arrive à atteindre cet Objectif).
      Pour finir, et pour te taquiner, lol, dis-moi quelle étude a prouvé que les lecteurs de blog aimaient tel ou tel style? L’audience? J’espère que non car je connais bien de blogs racistes qui explosent en audience. Je pencherais donc plutôt pour l’intérêt des sujets.. La comparaison avec les textes journalistiques est bien trouvé car c’est plutôt ce que j’ai fait jusqu’ici et c’est aussi l’objet de cet article. Pour les livres, je n’en suis pas encore là malheureusement ou heureusement, c’est comme tu veux…

      Sur ce, merci encore Emile 🙂 Je te fais de grosses bises! Bon courage à toi aussi pour la suite.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *