19 avril 2013 - sinathlafricaine

J’ai refusé d’être diffusé par Amazon !

Crédit photos: Dailygeekshow.com

Crédit photos: Dailygeekshow.com

Quand on l’habitude d’écrire, qu’il s’agisse d’articles, de nouvelles et de romans, nous voulons tous être lu. Et pour être lu, faudrait encore être diffusé déjà. Il y a quelques jours, un éditeur m’a proposé de rendre mon travail de recherche disponible à travers le plus grand diffuseur Mondial Amazon mais j’ai refusé…

Mercredi, 17 avril 2013, comme tous les matins, je consulte mes mails avant toute chose. De l’info comme d’habitude et un mail d’un expéditeur que je ne connais pas. Un certain Alain Durand. Je commence donc par ça.

Et voilà ce que je lis…

 » Cher Madame, J’ai pris connaissance à travers la bibliothèque de votre université que vous êtes l’auteur de l’ouvrage intitulé « Les défis de la presse écrite béninoise à l’ère du média Internet : exemple d’un agrégateur de news : Jolome.com », soumis en 2012.

Nous planifions de lancer quelques publications sur ce même thème et je me permets ainsi de m’enquérir de votre intérêt quant à une publication de cette œuvre chez nous.

Les Éditions Universitaires Européennes se spécialisent depuis plusieurs années dans la publication et la commercialisation de travaux de fin d’études sous forme de livres brochés.

Nous vous proposons donc nos services de publication afin de rendre votre travail disponible à travers les plus grands diffuseurs mondiaux, tels que Amazon.

Je vous serais très reconnaissant de bien vouloir me confirmer votre intérêt à cet égard, afin que je puisse vous faire parvenir une brochure détaillée par courriel.

Au plaisir de vous lire bientôt.

Très cordialement,

Alain Durand Lectorat »

Avec en pied de mail, toutes les références concernant les éditions Universitaires Européennes, sites internet, mail , bref tout pour vous rassurer.

Entre joie et excitation, je fais whaouh !

Je respire un grand coup et je relis le mail tranquillement pour me rassurer qu’ils sont bien entrain de parler de MOI.

Le travail de recherche dont il est question est bien de moi et est  disponible à la bibliothèque de mon université, ils ne se sont donc pas tromper.

Mais là encore, je n’y crois toujours pas.

Je prend mon téléphone pour appeler le Directeur de mon université et après plusieurs essais, il ne décroche pas.

J’essaye d’avoir au téléphone le Directeur des études que j’arrive finalement à joindre et qui me dit que mon travail a bien été rendu public et que c’est tout à fait normal que certains de leurs  partenaires internationaux l’ai récupéré.

A ce moment, je suis donc convaincue qu’il faut que je réponde au sieur Alain Durand.

Pendant que je rédige le mail de réponse, j’en profite pour annoncer la « bonne nouvelle » à un super grand frère avec qui je discute en messagerie instantanée.

Je lui transfère le mail et je lui demande ce qu’il en pense.

(J’attendais de grosses félicitations et surtout un « je suis fière de toi »)

A ma grande surprise, il me répond automatiquement « je ne trouve pas ça sérieux ».

Je répond toute surprise : Ah bon ? Pourquoi ?

Mes espoirs s’écroulent donc immédiatement  (car ses intuitions sont toujours justes d’habitude)  et j’enregistre le mail destiné à Monsieur Durand dans mes brouillons.

Il me dit alors: Tu sais, tu seras effectivement publiée et cette maison d’édition existe bien.

Je lui dis alors, où est le problème ?

Il m’explique donc avec des liens à l’appui que plusieurs chercheurs avaient déjà reçu ce mail et avaient confié qu’il fallait se méfier du modèle d’affaire de cette maison d’édition.

Qu’est-ce que cela veut donc dire ?

Je vous livre  ici l’essentiel du contenu d’un lien qu’il m’a envoyé…

« Plusieurs chercheurs ont répondu avec empressement aux mails envoyés par les éditions universitaires européennes et voilà comment fonctionnent exactement les EUE(Editions Universitaires Européennes)

Des travailleurs de la Moldavie et de l’Île Maurice récupèrent des informations par le biais des bases de données de thèses et mémoires disponibles au format numérique sur les sites des bibliothèques universitaires. Ils utilisent ces données pour contacter massivement par courriel des chercheurs pour leur offrir un contrat des plus intéressants : publier leur thèse dans un délai très court, sans frais, avec une redevance sur les ventes et l’obtention d’une copie papier gratuite. Le problème (car vous vous doutiez que tout était trop beau pour être vrai) est que le manuscrit n’est soumis à aucune forme de révision ou d’arbitrage : tous les travaux sont acceptés. Le livre est mis en vente sur des sites comme Amazon à un prix exorbitant (plus de 120 $ en général) et n’est imprimé que sur demande.

 À qui sont versés les profits ?
VDM Verlag (entreprise à qui appartient les EUE) ne paie pas de redevances aux auteurs lorsqu’elles sont inférieures à 10 euros par mois. La quasi-totalité des auteurs perdent donc leurs menus profits au bénéfice de la compagnie. Quand on pense à la dizaine de milliers de titres du catalogue de la maison d’édition, on imagine de quel ordre peut être le profit engrangé par VDM Verlag. D’autant plus que les auteurs pour lesquels leur livre leur rapporte entre 10 et 50 euros par mois ne reçoivent pas non plus d’argent, mais plutôt une compensation sous forme de coupon à échanger pour des livres produits par la maison.

Est-ce une fraude ?
Ce modèle d’affaire n’est pas une fraude en soi. Par contre, le fait de publier chez VDM Verlag peut entacher le curriculum vitae d’un chercheur, vu les pratiques non orthodoxes de la maison d’édition. »

En définitive, je ne sais pas ce que vous en penser mais j’ai tendance à croire que VDM Verlag est une pure « arnaque » et il faudrait bien choisir nos éditeurs.

Soyez vigilants donc !

Merci à Dimitri della Faille du Département de travail social et des sciences sociales de l’Université du Québec à Montréal qui a rédigé la mise en garde à l’origine de cet article.

Merci à mon grand frère et mondoblogueur aussi Tresor Kibangula qui m’a sauvé la mise une fois de plus.

Et à vous, faites très attention !

Tout ce qui brille n’est pas de l’or, j’espère que cet article vous aurez convaincu de cela.

En ce qui me concerne, je poursuis mes investigations afin d’avoir ma propre expérience. Je vous tiendrais informer…

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sinathlafricaine
Passionnée de journalisme, infojunkie, webaddict, abusivement panafricaine sur les bords et twitteuse folle;)

Sinathlafricaine amazon / avis / éditions universitaires européennes / livre / publication / Université du Quebec / Vdm verlag /

Comments

  • wahooo Sinath, quelle histoire.
    un sujet très sérieux en effet mais que tu rapportes avec une grande tranquilité. ce n’est plus facile de trouver des bons éditeurs de nos jours, mais bon, ton heure viendra. Tu as le talent pour.

    merci pour l’article…

    kiss carioca

  • Abdel Kader KPADONOU dit :

    J’ai reçu le même mail avec le même contenu. Et j’y ai répondu favorablement. J’ai même eu en réponse l’adresse d’un site sur lequel il y avait une partie du modus operandis qui allait nous lier. J’ai une fois encore sollicité une collaboration mais depuis plus rien.
    Merci de me sauver Sinath SAKA.
    Qu’Allah te bénisse.

  • Emile Bela Emile Bela dit :

    Dire que je cherche un éditteur pour publier mon Memoire de Master sur la Coopération Non gouvernementale…aaah là, je suis vraiment sidéré.
    Merci et tiens moi informé si t’a un éditeur sérieux.

  • Abdoulaye Bah dit :

    Merci de nous révéler ces informations qui pourraient s’avérer utiles à plus d’une personne. Et bravo pour la perspicacité!

  • Pas mal l’histoire. Là tu m’informes. Ok, je prends note.

  • Angéline dit :

    Merci beaucoup pour cette info!
    j’ai reçu le mail aujourd’hui et j’avais de gros soupçons!notamment parce que je suis donc une femme et que le mail commençait par « cher Monsieur »!Ca casse la crédibilité d’entrée! Tu réponds à toutes mes questions!
    Merci encore

  • Salut, rien d’étrange. Ce Durand est l’administrateur du Collège de France. J’ai reçu ce même texte via Facebook, parce que je m’étais inscris à la rubrique des Leçons inaugurales du collège de France, rubrique Philosophie.

    Le texte recu est identique. il me proposait de mettre à disposition les résultats de mes recherches doctorales en Art et Ethique pour des éditions numériques. Moi je n’ai pas donné de suite parce que cela ne m’intéressait pas de publier. Mais je ne suis pas SINATH encore moins vous.

    Si vous vous inscrivez aux alertes des Editions, attendez vous à toujours recevoir de type de message.

    • Bonjour, ce Durand travaille plutôt aux Editions Universitaires Européennes qui existe bel et bien comme je l’ai expliqué dans l’article. Et en ce qui me concerne, je ne me suis jamais inscrite à aucune rubrique et à aucune alerte d’éditions. Ce message, on ne le reçoit donc pas toujours comme vous le pensez, c’est des individus qui d’une façon ou d’une autre s’informent sur ce que vous faites et vous approche.

  • […] a quelques mois de cela, ma collègue blogueuse Beninoise, Sinatou, publiait un billet intitulé : » j’ai refusé d’être diffusé par Amazon! » Sina racontait comment grâce à son frère, elle a pu échapper aux griffes d’un probable […]

  • José dit :

    Reçu le même email avec « Chère Madame » alors que jusqu’à preuve du contraire je suis un homme et que José est un nom masculin.
    « Nous planifions de lancer quelques publications sur ce même thème »: l’auteur reste volontairement vague sur la nature du thème. Ça sent la lettre type.
    Merci pour ton blog qui m’a bcp appris et sauvé du bradage culturel!
    Tout de bon!

  • Mon DIEU!!! Je ne sais quoi dire… Faisons attention dans tous les domaines. T’as bien fait de demander avis à ton Grand-frère. Dieu nous garde
    Merci Sin

  • Ghialain GANDJONON dit :

    Peu s’en fallait! Et puis, cela paraissait aussi trop beau au début! Je conclus qu’il faut toujours avoir sur qui compter et dire ce qui en est! Du courage.

  • Maika dit :

    Bonjour!
    J’ai lu ces commentaires trop tard ! j’ai reçu le même type de mail et ai donné une réponse favorable. Je leur ai même envoyé mon travail de mémoire soumis il y a quelques années. Pourtant je ne me suis pas enregistré en tant qu’auteur sur le site internet des EUE en attendant l’autorisation des institutions concernées comme le disaient les Conditions générales de vente qu’on m’a envoyées.
    Que dois-je faire? Pourront-ils prendre mon mémoire et faire ce qu’ils veulenet avec sans mon autorisation?

    • Bonjour Malika, surtout ne te fais pas du mauvais sang pour ça, le travail est envoyé, c’est fait! Par contre, selon ce que je sais, ils publieront bien ton travail sur des plateformes puis qu’apparemment tu as donné ton autorisation pour ça. Essayes d’envoyer un mail au monsieur qui t’a écrit la première fois et vérifies dans les conditions générales si tu as un droit de rétractation (si bien sûr, ça ne t’intéresses plus). Bon courage et j’espère t’avoir aidé! bises

  • Maika dit :

    Merci Sinathafricaine pour ta réponse si rapide. Ce que j’ai envoyé c’est plutôt le manuscrit parce que je ne me suis pas enregistré en tant qu’auteur sur leur site et n’ai rien fait de suite (donc je n’ai pas donné mon autorisation ?) . ça ne m’intéresse plus et je ne veux pas qu’ils s’en servent à leur profit. Qu’en penses-tu?

  • Maika dit :

    D’accord. Merci beaucoup pour tes conseils. A bientôt, je n’oublierai pas de vous tenir au courant de la suite.

  • AD dit :

    Bonjour,

    C’est une recherche Google qui m’a conduite à cette page, après avoir bien entendu, avoir été sollicitée directement par cette maison d’édition après qu’ils aient vu un article publié sur SSRN. Pour les sceptiques, Internet regorge de mise en garde contre EUE à ne pas prendre à la légère. Pour ma part, il va de soi que je vais leur donner une fin de non-recevoir polie. Être publié (et lu) certes mais à quel prix? À bon entendeur…

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